mardi 29 mai 2012

Strip-tease



Mue n.f. Renouvellement partiel ou total de la peau, des poils ou des plumes d'un animal sous l'influence de la croissance, de l'âge et des conditions du milieu





Option du jour


Mettre les doigts dans la prise

Ambiguité


« Au commencement, il y eut le vêtement. L’homme était en quête d’une protection contre les rigueurs du climat, cherchait protection et chaleur dans le sommeil. Il avait besoin de se couvrir. La couverture est la plus ancienne expression de l’architecture. À l’origine elle consistait en peaux de bêtes ou en tissages. La couverture devait être fixée quelque part pour offrir à la famille une protection suffisante, d’où les murs. C’est ainsi que se développa l’idée de construction. (...) le revêtement est plus ancien que la construction. » 
 

A. Loos, « Le principe du revêtement », (1898) in Paroles dans le vide
En installant Gigastudio, nous nous sommes retrouvés dans une grande salle, générique et identique à toutes les autres salles du bâtiment.

Nous avions décidé de nous entourer des matériaux récupérés afin de les voir à nouveau, de leur accorder notre attention.

D'abord appliqués sur les deux murs existants, ils sont rapidement devenus paroi scindant l'espace. Ce geste à priori anodin peut transformer complétement la définition du revêtement et sa vocation première. En effet, le revêtement est habituellement la couche de finition, appliquée pour protéger ou décorer une surface. Ici, il prend une toute autre signification, devenant démarcation.

Nous créons notre bulle, notre intimité, l'espace de Gigastudio, dans un environnement plus vaste dont nous tentons de nous séparer. Ce revêtement extrait n'est plus un décor à rien mais un lieu habité. Son expression radicalement opposée à l'in-expression du bâtiment l'environnant, son motif d'un goût peu habituel que nous décidons de tolérer autour de nous et sa charge symbolique sont récupérés à notre compte. Nous affirmons ainsi notre différence, nous nous extrayons d'un contexte bruyant, scolaire, pour devenir ces acteurs que nous cherchons à être, des membres du collectif Gigastudio, ayant laissés nos costumes d'étudiants derrière cette séparation énigmatique.

Ce n'est donc plus vraiment un geste que nous faisons vers eux, une clémence que nous leur accordons. Ils deviennent nos compagnons, indispensables à notre propre développement. Ils nous servent plus que nous leur servons et sont libérés en partie de la futilité dont nous les accusions auparavant.




Bruler | Jeter | Abandonner







Qu'allons nous faire du revêtement de notre agence si un jour nous décidons de dissoudre Gigastudio ?

Notre collectif à pensée à plusieurs possibilités :

- La destruction par le feu ?
- Les abandonner dans la rue afin de voir l'appropriation ou non de ceux-ci ?
- Les mettre à la benne directement ?
- Organiser une vente au enchère ?

On peut, peut-être nuancer la réponse à l'acte de bruler et/ou de se débarrasser de ce qui a maintenant de la valeur à nos yeux. Il s'agit avant tout de tourner la page à un certain type de revêtement qui nous tant questionné et ému. Jadis désuet, aujourd'hui de bon goût, il faut maintenant oublier, céder ce revêtement à autre chose.

Alors comment mettre les parois de cette bijouterie hors circuit une bonne fois pour toute ? Il faut trouver une raison à ce geste fort.

Bruler / Jeter

Nous constatons que malgré nous, le fait de nous entourer de ces matériaux nous fait les aimer. Ils sont une charge émotionnelle et sentimentale de l'expérience qui parasite notre objectivité. Nous sommes aujourd'hui bien dans cette espace de travail et de créativité. Il faut alors pour s'en débarrasser un geste radical et irréversible afin de rompre avec notre attachement. Le faite de bruler ou de les jeter par la fenêtre du 3éme étage nous semble la solution la plus libératrice.

Prise de conscience / Prise de recul

Et si tout cela était absurde en fin de compte? Tout ces efforts investis pendant un semestre pour se rendre compte au final que ce n'est qu'un matériau de revêtement et qu'il n'est que décor fictif sans âme. Nous aurions ainsi créé une histoire de toute pièce afin de satisfaire nos fantasmes et nos rêves.Sa seule fonction est alors que décor dans un décor ou ce motif périmé a été de bon durant un lapes de temps très court. Nous savons pertinemment que sa destruction est pensée dès sa création alors pourquoi vouloir empêcher cela ? Nous le jeton comme il aurait été jeté dans une benne lors de la démolition de la bijouterie ou les abandonner n'importe où (aussi bien dans une benne, à la décharge ou dans la rue). Il sera vue comme déchets parmi tant d'autre au milieu de ces agrégats.

Enchère

Après avoir analysé la bijouterie en suivant notre protocole et en proposant une ré-interprétation nous avons prouvé qu'il était possible de faire quelque chose de ces matériaux voués à la destruction. Nous les ré-injectons alors dans le circuit de la consommation ou le plus offrant pourra l'obtenir afin de l'exhiber. Ces parois devenues in sont alors perçues comme des trophées de bon goût uniques et exclusifs

Le vrai visage de la loupe enfin révélé.

jeudi 24 mai 2012

L'architecte : chapitre III


Malheureusement, 2 mois plus tard, le buzz du collectif est tel que la tendance s'est propagée comme dans ses prévisions les plus pessimistes. Le miroir devient certes à la mode, mais perd son potentiel « hipster ».

Se félicitant de sa clairvoyance qui lui permet de réagir à temps, l'architecte publie une photo de l'objet, réalisée par un ami photographe, sur Ebay. Les enchères montent et l'architecte se félicite de la cote grimpante de son miroir, qui lui permet de s'en débarrasser à un prix intéressant.

Ce dernier est finalement cédé à un jeune banquier fortuné, dont le goût peu assuré est dicté par le pré-cité magazine Archicool et qui imagine avoir acquis une pièce hype et qui ne l'est pourtant déjà plus. Le pincement au cœur que ressent l'architecte lors de la transaction est vite oublié.

En effet, il se console en installant avec sa compagne des dalles de moquettes provenant d'un bureau de téléphonie renommé, en remplacement d'un tapis terriblement sage. Ce travail lui permet d'exprimer librement sa créativité débordante et de s'initier au travail de chantier. Cela sera sans nul doute un atout professionnel non négligeable.

Vivement le prochain vernissage !

mercredi 23 mai 2012

L'architecte : chapitre II


Les amis de l'architecte sont installés dans un confort sommaire sur le canapé LC2 de Le Corbusier, plus agréable à l’œil qu'au fessier. Ce dernier les a conviés à un brunch-apéro afin de vernir l'arrivée du fameux miroir.

Comme prévu, les conversations vont bon train. Est commentée la couleur chiquement passée de la moquette, la beauté du détail de la triple prise et l’œil expert de leur hôte qui a su déceler la beauté intérieure de l'objet.

L'architecte fait d'autant plus sensation qu'un article a paru dernièrement dans le magazine Archicool sur un jeune collectif de designers. Ces derniers ont eu comme lui l'admirable idée de récupérer une partie de ces autres pièces et créent le buzz. Bien que jaloux de ce triomphe qui aurait pu être le sien, cet événement confirme son pressentiment et installe une tendance encore assez sélective pour lui être profitable. Bien entendu, la reprise de cette même tendance par les masses et la copie des ces objets par les grands magasins le forcerait à se séparer prématurément de sa pièce (ce qui serait regrettable au vue de la somme investie). Cette prévision terni son humeur...